-"Tu vois, expliqua-t-elle à Romain: Ce bouillon aurait pu être destiné à Valentine, une femme du village de ma mère qui a participé activement à sa mort en faisant courir sur elle des bruits infâmants. Mais j'ai préféré lui jeter un sort et elle agonise. Dans deux ou trois jours elle sera morte, le corps couvert de pustules. J'ai attendu longtemps avant d'agir, mais la vengeance est meilleure froide!"
Romain se trouvait entrainé bien loin de l'étrave et du safran de son Djinn et se sentait moins empressé pour approcher celle dont il avait rêvé si fort, au delà des crêtes frangées d'écume des vagues assaillant son bateau pris dans la tempête.
Depuis que Romain avait partagé son bat-flanc, et qu'elle avait découvert la saveur douceâtre de sa virilité, Armelle avait décidé de séduire Romain,ce qui était fait, mais aussi de le forcer à s'engager avec audace, sur les chemins de l'intensité débridée dans ses élans. Alors que jusqu'à présent elle ne lui avait jamais rien accordé qui lui permette de la vivre. Mais désormais, elle voulait lever la barière des interdits! De tous les interdits!
Comme elle le faisait avec ses ennemis, elle pouvait, aussi, charmer certains humains et les envoûter pour les soumettre à son entière dévotion. quoi qu'elle fasse et quoi qu'elle dise, ils devenaient, alors, irréversiblement inconditionnels jusqu'à la mort.
Ce soir là, malgré l'oie entrain de rôtir, le coeur de poulet exhalant ses miasmes putrides et les effluves de pin portés par le vent, elle avait décidé d'ajouter à son pouvoir la domination de toutes les grisantes fragrances de son corps, retenues au secret,jusqu'alors, mais dont elle savait le pouvoir envoûtant.
Pourtant, depuis qu'il avait franchi le seuil de la bergerie, Romain qui était monté jusque là avec le coeur en chamade et le souffle un peu court, se sentait maintenant sur la défensive, Marin au coeur et à l'esprit sans détours,il était surpris et un peu frreiné par ce qu'Armelle venait de lui dévoiler sur ses pouvoirs et sa vie d'ensorceleuse.
Malgré cette réticence d'homme simple et courageux face aux dangereux pouvoirs que semblait posséder Armelle, il s'était insinué en lui, une sorte de léthargie langoureuse, voilée d'une sensualité engourdissant, d'abord ses élans avant de les exalter.
-"Toi mon bonhomme, tu ne m'échapperas pas!" se disait Armelle. Et tout en mordant à même dans la chair de l'oie rôtie, dont la graisse lui maculait le menton, Romain sentait son corps se transformer. Des vibrations avaient envahi ses reins, alors que sa virilité, de lourde et assoupie, au coeur de sa prison de tissu, devenait exigeante, batailleuse, puis encombrante jusqu'à la douleur. Et celà sans que el moindre geste eut été accompli.
Un reste de soleil couchant mettait le feu à l'horizon, éclairant encore un peu la pièce en contrepoint de la lumière du foyer. Lentement, subtilement, en nappes successives, des ondes émanant de sa cassolette océane, envahissait la pièce, grisant lentement Romain, assis à côté d'Armelle, comme auraient pu le faire des vapeurs d'alcool. Alors que la sauvage observait de son regard de louve en chasse, d'un jaune flamboyant, barré de noir, l'effet produit par sa tentative de séduction.
Tétanisé, fasciné, sans plus aucun contrôle, sans savoir ce qui le guidait, Romain se jeta à genoux, pour prendre entre ses mains calleuses les pieds d'Armelle délivrés, en un lent frottis de la pousiière du sol. Les doigts du marin tremblaient en effleurant les orteils enjôleurs, dont la moiteur chavirait tous ses sens. Il se pencha davantage, pour parfaire avec ses lèvres les gestes de ses mains. La tête d'Armelle bascula en arrière et ce mouvement découvrit, dans l'entrebaillement de sa tunique, le secret et luisant foisonnement de son désir.