Sous l'empire de la caresse, une sorte de jappement tendre s'échappa de la gorge d'Armelle. Un couinement de louve en tendresse. Elle aurait voulu se faire légère comme un sylphe aux doigts de vent, mais la caresse un peu malhabile des gros doigts de Romain sur ses orteils avait fait tressaillir toutes les fibres de son corps et s'ouvrir sa fourche embroussaillée.
Le marin et sa démone étaient prêts à se rejoindre sur le bat-flanc. Pour la première fois, Armelle s'offrit, en un chuintement soyeux et mouillé. Romain, tétanisé, se sentant envahi par une soif impérieuse, sinua, d'instinct, pour aller se désaltérer à la source dont il voyait briller les luisances, dans le secret de l'alcôve marine.
-"Oui! Bois ma liqueur, mange moi, je fonds pour toi !" pensait la vallée déliquescente. L'intensité de son élan se mua en délire lorsqu' il sentit les doigts d'Armelle libérer de sa prison, son désir aux abois. Les corps se tendaient, aimantés l'un par l'autre, tantôt soudés, tantôt entrelacés en une chevauchée, guidée par Armelle, jusqu'aux abysses de son royaume incendié. Romain fut le premier à qui elle donnait le droit d'en déchirer le voile pour atteindre la caverne aux parois de feu et de soie humide.
Si elle désirait s'attacher Romain corps et âme, c'était, avant tout, pour en faire un suppôt fidèle. Afin d'y parvenir, elle avait choisi le chemin de la volupté. Chemin qu'elle n'avait guère pu longer, jusqu'alors, étant fille de sorcière bannie de son clan.
Les rares moments où elle avait essayé d'apprivoiser un humain pour en faire un ami et, peut-être, un compagnon, elle avait été chassée à coups de fourche ou de bâton, quand ce n'était pas à coups de pierres, semblables à celles qui avaient tué sa mère. Pourtant, elle avait été une sorcière bénéfique, sans doute davantage qu'une démone maléfique.
Mais au début, par vengeance et pour sortir victorieuse du combat.,bien plus redoutable que les loups, les renards ou les rapaces, Armelle faisait mourir, une à une, dans leurs enclos, les vaches ou les brebis des bannisseurs.
A moins que ce ne soitent les volailles, s'étouffant par centaines, au sein de poulaillers, pourtant soigneusement clos. Ou, bien pire, quand c'était le jeune fils qui tombait la tête la première dans un puits, alors que la femme mourait de langueur au creux de ses draps souillés. Elle attirait, aussi, la foudre, incendiant, comme par hasard, fermes et récoltes.
Initier Romain à la sorcellerie, la concernait, la stimulait bien davantage que les élans partagés sur son bat-flanc.Même s'ils leur procuraient des envols communs les menant jusqu'au voile noir semé d'étoiles rouge et or du nirvana.
Belzébuth surveillait la progression du sillon de malheur qu'elle creusait savamment comme tous ses condisciples. Se réjouissant des ravages ainsi faits au sein de communautés humaines, campagnardes ou citadines. Nageant, grâce aux agissements d'Armelle, dans la fiente de la jalousie, les pustules de l'adultère, le sang des meurtres et la puanteur de la mort !
Il observait, avec curiosité, la décision prise par sa disciple, de circonvenir un honnête pêcheur, à l'âme candide, aux mains calleuses et au pied marin.Et de le faire en empruntant le chemin très peu usité, pour ce genre de contamination, des sentiments amoureux et du délire des sens. Le stratagème semblait sur le point de réussir, mais en était-ce vraiment un ?