Après avoir réalisé que l'image du marin avait envahj, puis apprivoisé sa mémoire. Désireuse de voir Romain plus souvent, pour que flottent encore entre eux les filaments du désir, elle avait envisagé d'en faire son acolyte; Ajoutant, ainsi, un disciple à l'armée pourtant nombreuse de Belzébuth.
Même si cette idée n'était, en fait, qu'un cache-désir qu'elle avait scrupule à avouer, son maître et seigneur ne pourrait qu'approuver ce recrutement inopiné. Elle savait bien que sa règle de vie lui interdisait d'avoir un coeur, mais rien ne lui défendait, bien au contraire, d'avoir un corps dont les pulsions seraient librement assouvies.
Et face au corps harmonieux, aux viriles exhalaisons de Romain, elle était bien obligée de s'avouer qu'elle abdiquait sans conditions. En réalisant l'intensité des fourmillements, des bulles vaporeuses et des fluances marines qui émanaient du sien, lorsque dans le voile de la nuit, elle fantasmait sur celui du marin qu'elle avait soumis, sans beaucoup d'efforts par des gestes câlins.
L'évocation tellement précise sur l'écran de sa mémoire, de ce qu'elle avait vécu, à côté de lui, sur son bat-flanc, la transformait en sarment brûlant, tordu de pulsions et baignant dans le courant d'une féminité vite déliquescente. Ou parfois, aux premières lueurs de l'aube, en roseau courbé sous le souffle du désir,avant de s'écarteler sous le fouaillement de ses doigts amoureux !
Aussi, en le voyant s'approcher, silhouette hésitante, dans le couchant, elle était aussi troublée que lui. Mais c'était son coeur, d'abord, qui poussait Romain vers le seuil de la bergerie, alors qu'Armelle était entraînée par la véhémente tyrannie sensuelle de Belzébuth, transmise à son corps aux jambes tremblantes par une haleine brûlante et dévastatrice, soufflant au coeur de sa toison.
D'un geste de la main, détachée de son front, elle lui fit signe d'approcher et d'entrer, ne voulant pas risquer une effusion impulsive et réciproque sur le seuil, qui lui aurait fait perdre toute retenue.
Une fois entrés, elle le conduisit vers l'âtre, crépitant d'étincelles, de la grande cheminée où rôtissait une oie toute entière, laissant couler dans les braises de larges gouttes grésillantes de sa graisse. Capturée à l'aube, sur les rives de l'étang bordé de roseaux et nappé, à cet endroit, de lentilles d'eau qui avaient caché le piège assassin. Elle était morte étranglée par les doigts puissants de sa chasseresse, dans un grand claquement d'ailes en agonie.
D'un chaudron, posé sur un trépied, presque à même les braises, s'échappaint les borborygmes d'une épaisse soupe verdâtre, mixture d'herbes diverses où mijotaient les corps bouillis de limaces, de crapauds de serpents et même de petits rongeurs. Romain fit la grimace, mais Armelle, en riant explique:
-"Dis-toi que c'est une mixture du même genre, alliée à des bougies, du jasmin, de l'encens et un couteau que tu dois la vie!"
Pour entrer de plain-pied dans son projet d'initiation, elle lui proposa d'apprendre la préparation de certaines potions destructrices ou salvatrices et l'usage des objets rituels indispensables. Sur le tabouret de chevet, contre le bat-flanc, reposait un coeur de poulet lardé de longues épines.Il s'en dégageait une forte odeur de souffre et de sueur.