Même si Agnès n'avait pas cette beauté canonique venue de l' antiquité grecque dont rêve les sculpteurs, à l'exception de ceux qui préfèrent en créer une autre comme le fit Giacometti, elle correspondait pour Jocelyne, à l'essentiel de ses fantasmes féminins. Fantasmes pas seulemnt faits d'esthetisme,mais aussi d'une sensualité bien spécifique et qui correspondait à tout ce qu'elle n'était pas !
Une heure plus tard, source de larmes tarie, elle avait pris une feuille de papier pour crier son chagrin:
-"Agnès, mon amour, J'avais tout espéré de notre rencontre et me voilà seule, et plus que triste ! Sans doute par ma faute, pour avoir trop préjugé de mon pouvoir de persuasion sur un corps et, qui sait, sur un corps pétri, comme le mien de pulsions, d'élans de désirs et de fantasmes, maiis différents des miens!
Je t'aime Agnès, mais j'ai mesuré, ce soir, que de conquérir tes sens et ton coeur était une trop grande ambition.
Alors, si tu veux bien atténuer ma déception et mon chagrin, c'est le sculpteur que je suis qui te demande si tu accepterais d'être son modèle. Pour que je puisse traduire, dans la terre, puis dans le bronze, l'image de toi-même que j'aime tant et que pourraient découvrir et contempler des générations d'amateurs de sculpture.
En tremblant d'espoir, dans l'attente de ta réponse, je vais finir la nuit en imaginant tout ce que nous aurions pu échanger, partager et nous offrir d'un plaisir qui n'appartient qu'à nous, les femmes, lorsqu'enlacées et amoureuses, nous buvons à sa source la liqueur de plaisir jaillie de l'être aimée et que nous lui offrons le meilleur de notre coeur et de notre corps.
Je t'aime, mais je ne te demande pas de partager mes sentiments, sachant qu'ils ne correspondent pas à tes pulsions personnelles. j'aurais tant aimé, pourtant, que tu me laisses accéder à ta source,pour en découvrir l'abondance et la saveur. J'imaginerai cette nuit que tu l'as fait !
Même si ma compagne d'aujourd'hui n'est que tendresse et compréhension, tu me manqueras toujours, avec la certitude que tu étais, que tu es, la femme de ma vie. Je ne sais pas comment je vais poursuivre son cours sans toi, mais je serai, de toute évidence, orpheline et veuve de ton coeur, de ton corps et de ton amour ! Jocelyne."
Cette lettre, Agnès la reçut à son poste de travail, au salon de coiffure. Et surprise d'une telle mlissive, fourrée d'abord dans la poche de sa blouse,elle alla s'enfermer dans les toilettes pour la lire et pour pleurer d'émotion face à un tel amour déclaré.
Elle réfléchit plusieurs jours à la requête de Jocelyne, mais se sentant vulnérable au charme et à l'intensité des sentiments de Jocelyne, elle préféra refuser, même si le fait d'être statufiée l'avait fait beaucoup hésiter.
Jocelyne, toujours aussi amoureuse, vint la relancer jusqu'à la sortie du salon, en lui proposant, pour commencer, autant d'argent qu'elle en gagnait en deux mois ! Elle demanda un temps de réflexion, tentée qu'elle était par l'argent,mais aussi par le fait de passer à la postérité sous le forme d'un bronze. Elle n'osait pas en parler à Maurice, qui aurait certainement piqué une colère, et n'avait, donc, personne à qui parler de son tourment..