Une alternance de réflexions personnelles sur le monde,sur la sexualité vécue et de romans écrits par moi sur différents sujets
Aurélia agissait pour le compte des hôtes de la propriété construite au milieu d'un grand jardin,et attenant au potager.Famille nombreuse, aux multiples rejetons, qui venaient passer là, par roulements tout ou partie de leur vacances.
Son travail accompli, Aurélia regagna sa"maison du jardinier" où elle habitait avec sa famille. Avant de franchir le seuil de la cuisine,, elle retira ses sandales en frottant la pointe de l'une contre le talon de l'autre et pénétra chez elle pieds nus sur les tomettes. Larges, puissants, aux orteils ronds,souvent moites, et ongles ras, ils auraient fait l'admiration d'un sculpteur, et il en émanait une sensualité naturelle, bien propre à troubler les hommes amateurs de féminité imposante.
Cette sensualité enveloppait, d'ailleurs, tout son corps rond et ferme, comme les aimait le sculpteur Maillol, à laquelle s'ajoutaient des effluves rurales, de lait caillé, de sueur et de féminité naturelle, émanant d'elle en permanence. Penchée sur l'évier de pierre, elle lava le corps de la poule, avant de la dresser sur un plat qui irait au four, en y ajoutant un panier d'oeufd fraîchement pondus, et se prépara à aller porter le tout, "au château", comme on disait dans le village.
Avant de partir, elle jeta un coup d'oeil sur sa mise.Elle avait un assez joli visage large, aux pommettes hautes. Un nez fort, des grosses lèvres charnues, des yeux noisette bordés de grands cils et un grain de beauté sur la joue gauche. Ses cheveux, assez longs, noirs, parsemés de fils argentés, étaient tirés en arrièrs pour former un chignon. Avant de quitter la pièce elle enfila des chaussons noirs aux talons écrasés.
Une fois franchi le portail clôturant la cour engazonnée et plantée de rosiers devant le logis, elle s'arrêta sur le bord de la route goudronnée. Voyant arriver le convoi qui passait devant ses fenêtres plusieurs fois par jour.
Trois lourds tombereaux en bois massif: Mouton, le noir, Faraud le bai et Bijou le blanc, magnifiques percherons aux larges poitrails ,y étaient attelés.Allant du train régulier de leurs énormes pâturons chevelus, l'un derrière l'autre, derrière leur charretier, en sabots, gilet et pantalon de velours, le fouet pendi autour du cou. Régulièrement, l'un des chevaux expulsait, sur le goudron, de grosses boules d'un crottin doré, cotonneux et odorant, régal quotidien des moineaux du coin.
L'attelage amenaient, jusqu'à la gare, dans le grincement des charrois, de lourdes pièces de métal noir, fabriquées à la fonderie, là-bas, tout au bout du village, au bord de la rivière.
Les tombereaux passés, Aurélia pénétra dans la propriété. Vaste parc ombragé, planté de massifs de fleurs, de pelouses bien tondues,douces à fouler sous les pieds nus, bordées d'ifs et de buissons de lauriers. C'était l'oeuvre de Maurice le jardinier et marid'Aurélia.
Elle s'engagea, sans hâte, dans l'allée de terre battue et de gravier, bordée de conifères et de halliers,laissant deviner, à travers le rideau d'arbres, la vaste gentilhommière, de pierres et de briques, coiffées d'ardoises. Comptant une quinzaine de chambres sur deux étages. Elle arriva, alors, au pied de l'escalier menant aux cuisines.
Dick y montait la garde en frétillant de sa courte queue coupée. Beau bâtard au pelage feu et noir, comme se truffe qu'il frotta contre les jambes d'Aurélia avec un petit jappement en signe de reconnaissance.
Arrivée au sommet, elle se trouva dans la vaste cuisine où, déjà, on s'affairait à la préparation du déjeûner. Les conversations allaient bon train entre les quatre préposées à la cuisine et au service.
Chaleureusement accueillie, elle déposa son plat sur la longue table de bois massif qui trônait au milieu de la pièce. Quatre fois, trois baisers sonores claquèrent sur les joues rougies par la chaleur du foyer. La cuisinière de fonte, était de taille à cuire les repas de tout un escadron. Grande et sombre, la pièce s'éclairait de cuivres étincelants.
Les filles attendaient, avec une impatiente curiosité les papotages et ragots qu'Aurélia avait pu recueillir au village ou pendant ses longues stations au lavoir. A genoux dans des caissons de bois, rembourrés de paille, les femmes faisaient leur lessive en bavardant, les mains gonflées et rougies pat l'eau glacée du ruisseau !