Et tandis que disparaissait, au loin, la silhouette inconnue mais certainement envoyée là par Belzébuth, elle vit, couché juste sur le seuil un épagneul breton qu'elle reconnut tout de suite comme étant celui de Maryvonne ou son sosie et qui faisait monter vers elle, de ses prunelles noisette et or, un regard plein de tendresse.
Alors que, de la surface miroitante de l'étang, s'arrachait une volée de col-verts en route vers d'autres cieux, au milieu de claquements d'ailes et de plumes arrachées virevoltant dans l'air déjà chaud ! Elle savait, maintenant de quoi allait être fait son destin et celui de Gloria.
Chaque matin, quel que soit le temps,elle allait se baigner, nue, dans l'étang, avec la jouissance de sentir le sable, un peu vaseux, lui gluer entre les orteils, et celle de fendre le tapis de lentilles d'eau pour arriver en eau libre et y nager un long moment.
Parfois elle dérangeait les oiseaux de passage qui s'envolaient avec des cris véhéments de protestation. Les poissons, eux, s'étaient habitués à sa présence et venaient lui tenir compagnie en ondulant autour d'elle avec de paresseux et négligents coup de queue.
Le soir, avant que ne vienne le froid de l'hiver,elle laissait la porte de la cabane ouverte pour mieux entendre le coassement des grenouilles et crapauds en goguette, et,plus tard dans la nuit, le hululement des chouettes, cousines ou soeurs de celle qu'elle avait retirée de sa porte où elle avait été crucifiée avant son arrivée, sans doute parl la silhouette entrevue dans la pinède. Inutile d'afficher de manière aussi voyante, le symbole de ses activités.
Périodiquement, la lune venait lui tenir compagnie, en jouant entre deux nuages. Mais au début de cette nouvelle vie elle n'avait pour compagnie que celle de Gloria et des quelques "patients" qui faisaient appel à ses bons ou mauvais services.
Lorsqu'il faisait beau elle allait au bord de l'étang pour s'y étendre nue et faisait alors du soleil et du vent, ses seuls amants. Elle avait aussi, la présence de celui qu'elle croyait être Tom, l'épagneul breton de Maryvonne, mais qui n'était peut-être que son sosie. Car il était calme, tendre aimant les caresses mais nullement entreprenant !
Pour emplir la marmite, elle avait aussi repris ses activités de pêche et de chasse, mais de manière plus efficace que lorsqu'elle était à la bergerie. Ayant récupéré du matériel à bord du Djinn et dans la maison de Romain avant que n'en hérite un lointain cousin.
Mais pour subsister, avec Gloria, elle avait été contrainte de louer ses services à la femme du notaire de la région, pour entretenir sa maison et, de temps à autre, préparer le repas de midi. Ce qui lui donnait l'occasion d'en emporter discrètement les reliefs pour son dîner et celui de Gloria, qui elle, n'en était encore qu'à la purée et à la vinde hachée.
La maison comportait un rez de chaussée entièrement occupé par l'étude et deux étages. Au premier, la réception et l'appartement des parents. Au second celui des enfants Renaud et Valérie dix huit et vingt ans.
Mais Armelle allait vite se rendre compte qu'à l'étage des parents régnait le vice glauque et à celui des enfants le vice banal par drogue et sexe interposés !