Romain savait où habitait Ramon le postier,mais il lui fallait un pousse au crime pour agir.Ce fut une bouteille de Calvados qui lui servit de dopant.
La petire porte d'accès à l'étage, au dessus de la poste lui livra passage. Il vit celle de l'appartement. Verte avac un petit carton blanc. Peu après le coup de sonnette, elle s'ouvrit. Il était face à Ramon qui n'eut pas le temps de réaliser. La décharge de plombs, tirée à bout portant le projeta vers le centre de la pièce, alors que déjà, Romain avait fait demi-tour et se perdait dans l'animation de la foule, son arme dissimulée dans son manteau. Armelle était absente et les clients de la Poste avait bien entendu la détonantion mais sans réaliser ce qui c'était passé.
La colère avait empoigné Belzébuth aus tripes! On venait de tuer l'un de ses acolytes et ce meurtre ne pouvait rester impuni! Le coup de fusil que Romain venait de tirer ne l'avait pas soulagé. Il sentait, au contraire, tout le poids de la mort de Ramon s'ajouter à celui de la disparition de Maryvonne et de la noyade de Rémi. C'était un fardeau trop lourd à porter, même pour ses solides épaules de marin-pêcheur. Il avait rangé le fusil dans le coffre après l'avoir nettoyé, puis désoeuvré, il avait pris la direction du port.
Le vent était assez fort et le Djinn tirait sur ses amarres, comme s'il avait voulu s'échapper de son corps-mort. Romain regardait son bateau avec tendresse, comme s'il avait été un humain. Son compagnon de tant d'heures passées en mer à se battre contre la houle, à tirer du fond avec son chalut, cette manne argentée qui l'avait fait vivre depuis tant d'années. Son complice, aussi, des heures vécues dans la cabine au giron de Rémi et de Joël qui lui avaient apporté tant de plaisir! ! Au dessus du Djinn tournoyaient les mouettes crieuses,becs jaunes et ailes blanches aux pointes grises. grands voiliers, toujours affamés, qui espéraient glaner là, dans les eaux du port, un peu de leur pitance quotidienne.
Romain enjamba le platbord, le coeur lourd. Il resta un long moment dans le poste, appuyé à la barre. Regardant, sans les voir, les mouvements du port, puis descendit dans la cabine. Sur la couchette et sur le plancher, il y avait encore les traces des élans partagés avec Rémi et Joël. Incapable de supporter plus longtemps, le souvenir de ces moments de plaisir, il remonta sur le pont où une risée lui souffla au visage. La marée était haute.
Clé de contact, moteur en marche, il alla détacher les amarres qui retenaient le bateau à quai. Poussant la barre à fond, il embraya en marche arrière et, lentement, par la poupe, le bateau se déhala du quai. Après un demi-tour, le Djinn se retrouva au milieu du chenal , la proue pointant vers le large.
Il n'irait pas pêcher, mais voulait seulement aller jusqu'au phare, là-bas, au large. La mer n'était pas forte, il pourrait y amarrer son bateau au flanc de la plate forme de ciment, du côté abrité du vent. Le teuf-teuf du moteur, tournant à bas régime le berçait au rythme de la houle endormie ce matin là.
Là-bas il retrouverait Manuel son vieux compagnon de pêche pour l'accueillir. Bien campé à la barre, jambes écartées, il se souvenait de Rémi, à genoux, visage levé vers lui, avant de délivrer sa virilité encore enfouie dans son abri, pour lui offrir la caresse matinale avant d'arriver sur la zone de pêche.