Une fois la porte refermée deriière Romain, Armelle et Ramon se regardèrent,à la fois surpris et soulagés. A ce moment des bulles légères envahissant ses reins Armelle eut la tentation de se jeter dans ses bras, tellement elle avait envie de ses sentir protégée et enveloppée de tendresse et de désir. mais elle se retint, même si son message était clairement écrit dans son regard.
Ramon l'avait effectivement perçu, mais, pour plaire à Belzébuth, il voulait obtenir d'elle une complète soumission à ses ordres avant d'accéder à son désir, malgré toute l'envie qu'il avait d'elle.
En contemplant son ventre arrondi, il devinait qu'il était, maintenant, trop tard pour envisager de faire disparaître l'enfant qu'elle portait. Il ne lui restait plus qu'à refaire d'Armelle une sorcière plus virulente qu'elle ne l'avait jamais été, qui entrainerait ainsi, d'office, son enfant, vivant dans l'atmosphère sulfureuse de sa mère, sur le chemin de Belzébuth.
Armelle, malgré son ventre rond, se sentait aérienne. comme délivrée du poids de ses deux hommes qui l'obligeait à faire un choix entre eux. Romain semblait vouloir renoncer! Mais ce n'était, peut-être qu'une façade, pour sauver sa dignité d'homme rude et courageux, mais pourtant incapable de subvenir à la vie de sa compagne et de son enfant. Et c'était lui qui hantait Armelle de remords, car elle répugnait à priver son enfant de la présence de son père.
Pourtant, l'invisible influence de Ramon commençait à porter ses fruits. Au fond d'elle -même, elle se sentait de moins en moins disposée poursuivre sa route sur le chemin de la sorcellerie bienfaisante,et, de ce fait, déjà redevenue jeteuse de sorts et de maléfices, à coups de coeurs de poulets lardés d'épines. Sa trahison envers Romain,lui semblait, ainsi, moins lourde à assumer.
Elle se sentait habitée par un désir qui la portait vers Ramon. Toutes les fibres de son corps l'entrainaient vers lui. La nuit était venue, après que l'Angélus eut sonné au clocher de l'église voisine, ce tintement qui la faisait toujours sursauter et frémir, mais ce soir plus qu'un autre soir.
Ramon avait gagné sa chambre après lui avoir dit bonsoir, avec, nouée aux tripes, une envie intense de la prendre dans ses bras, mais s'était abstenu, tendu, pourtant, jusqu'à la douleur sans savoir jusqu'à quand il résisterait à son désir.
Armelle avait perçu cet élan contenu qui ressemblait au sien. Lorsqu'elle se retrouva seule dans sa chambre, elle hésita un moment, attendit qu'un certain temps s'écoule avant de se déshabiller, ne gardant sur elle que son jupon de coton.
Et soudain, pieds nus, sans pouvoir résister davantage, elle sortit de la pièce, s'approcha de la porte de la chambre de Ramon. elle écouta, coeur battant, seul à rompre le silence. Après une dernière hésitation elle ouvrit doucement la porte et se coula dans la pièce. gagnant le lit à tâtons, elle s'insinua entre les draps, le corps enfiévré et sa vallée inondée de désirs Ramon dormait déjà à moitié lorsqu'il sentit le corps d'Armelle s'allonger contre le sien, lui communiquant sa chaleur et son odeur de femme. Sortant de sa léthargie, il sentit ses mains l'effleurer et ses doigts devenir habiles inquisiteurs et pourvoyeurs de désir.
Dans son demi sommeil, il se demanda s'il devait laisser enflammer, ainsi ses sens, et comme elle persistait, à la fois avec émotion et crainte de sa réaction, il la laissa poursuivre son voyage. Dès lors, il ne fut pas long à se sentir, lui aussi, brûlant et tendu, prêt à toutes les caresses offertes ou partagées..