Armelle n'était pourtant pas femme à se laisser impressionner par un rêve, qui,pourtant, avait laissé des traces visibles au coeur de sa vallée. Son activité en sorcellerie la plongeait au coeur de suffisamment de drames, de douleurs et de mort pour avoir acquis une certaine armure face aux contingences heureuses ou malheureuses de la vie. Le fait qu'elle soit sensibilisée, à ce point, par son rêve lui laissait penser qu'il devait y avoir du Belzébuth dans les parages. Si habile à déstabiliser ceux qu'il voulait circonvenir ou punir
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Ramon devait donc être un envoyé spécial du maître d'Azraël, lieutenant de Belzébuth et ennemi juré de Gabriel, de Raphaël et de Michel, les flamboyants chevaliers au service de Celui qui, hélàs, avait laissé Belzébuth prendre une longueur d'avance sur lui au moment du Big Bang!
Malgré cette prémonition, Armelle se savait déjà vulnérable aux charmes du facteur hospitalier. Satan voulait donc qu'elle abandonne son enfant,et qu'elle pourrisse ou se sépare de Romain, alors que son dessein était exactement à l'opposé de ce programme.
Mais les choses commençaient mal puisque la veille, Romain l'avait quittée sans un mot sous l'empire du dépit et, sans doute de la jalousie naissante. Probablement aussi parce qu'elle avait écarté d'elle une main voyageuse, méssagère d'autres élans et qui n'avait pas l'habitude d'être ainsi repoussés.
Elle se rendait compte que, même avant son rêve, elle avait perdu cette attirance ressentie si fort, jusque là, vers Romain, et que Ramon avait déjà pris une place dans ses pensées et peut-être même, sans oser se l'avouer, dans les méandres de ses désirs tapis au coeur de ses nymphes et de son bourgeon devenu saillant !
Le week-end venu, le facteur, comme promis, vint avec sa carriole, suant soufflant et dérapant sur les gravillons pour grimper le sentier de la bergerie. Il chargea les quelques meubles et objets divers et redescendit en compagnie d'Armelle jusqu'à son appartement au dessus de la Poste. Elle y fut accueillie par une délicieuse odeur de cuisine, car Ramon savait admirablement préparer tous les plats d'origine italienne, du genre tagliatelles, raviolis et autres cannellonis.
Il avait aussi préparé pour elle, la seconde chambre de son logis, y avait dressé un lit qui remplacerait, avantageusement, son bat-flanc primitif, et avait orné la commode d'un gros bouquet de fleurs sauvages parfumant la pièce de tous les effluves de la plein nature.
Si blasée qu'elle soit, face aux manifestations du genre humain, Armelle ne pouvait s'empêcher d'être émue par tant de prévenances. Elle n'osa pas se jeter au cou de Ramon, comme elle l'avait fait au moment où, désemparée par la nouvelle de son expulsion de la bergerie il lui avait offert l'hospitalité. Ici, sous son toît, le geste pourrait être pris pour une invite à de subits rapprochements, ce qu'elle ne voulait pas provoquer, à cause de Romain. Même si elle en avait, au fond, une sournoise envie.
Elle ne devinait que trop, en l'occurence, les effets d'une perfidie démoniaque et décidée, pour lui faire prendre un chemin dont elle voulait s'écarter. Ramon percevait ces hésitations et s'en réjouissait en pensant qu'Armelle ne serait pas trop difficile à faire tomber dans ses filets.