Elle refusait d'en sortir, autrement que pour avaler, en se forçant et le coeur au bord des lèvres une nourriture pourtant soigneusement mitonnée, Ou pour soulager les exigences naturelles de son corps. Johan ne savait plus que faire pour lui porter secours, n'ayant même pas sous la main, ces médicament psycho tropes, qui sont en fait des camisoles plus que des guérisseurs! A force de rester roulée en boule sur le lit, Annicl se sentit devenir claustrophobe. Alors, empruntant aux gardiens,un gros chandail en laine écrue, tout imprègné d'une odeur d'homme mêlée à celle du varech et un ciré,elle s'établit sur la terrasse.
Assise, le dos appuyé à la lanterne, les jambes repliées contre la poitrine, comme le jour où elle attendait Johan à l'étang pour la première fois, les bras entourant ses genoux, elle passait des heures à regarder la mer. la plupart du temps sans la voir, et s'efforçant de retenir ses sanglots, qui remontaient en elle par bouffées et menaçaient de l'étouffer. Les mouettes venaient lui rendre visite, lançant parfois, un petit cri qu'elle aurait pu prendre pour la manifestation de leur amitié ou de leur compassion!
Même une fois la nuit venue, après le long crépuscule de l'été, elle restait encore et encore, le derrière talé par le ciment de la terrasse. Elle regardait la nuit, les feux des cargos et le pinceau de lumière qui, à intervalles réguliers, passaient en silence au-dessus de sa tête, captant ses idées noires et les projetant au grand lointain de l'horizon, sans la soulager pour autant!
Mais comme elle était d'une nature forte et courageuse, elle parvint à dominer, en quelques jours sa prostration, et à retrouver un comportement à peu près normal. la présence chaleureuse et tendre de Johan l'y aidait, même si elle se sentait coupable de l'avoir entrainé, bien involontairement, dans une telle galère! Peu à peu, elle retrouva le sourire et un certain désir de vivre, qui l'avait abandonnée. Elle redevint active et se sentit le besoin de quitter le phare au plus vite, même s'il y avait danger à agir ainsi. Mais elle vouiait entamer sa vengeance le plus vite possible. Ce qu'elle ne pouvait pas faire sans se retrouver dans sa cabane de la forêt, où elle avait tous les éléments nécéssaires pour entamer son action. Ces pratiques n'étaient pas loin de rappeler, sous une certaine forme, celle du culte vaudou, mais pour les utiliser, elle devait se réunir avec ses congénères et pour ce faire, retourner sur le continent..
Ce qui lui donnait le plus de courage, tout en attisant sa haine, c'était le souvenir des paroles du chef des encagoulés, qui les avait fait violer et menacés de mort, Johan et elle! Mais ils étaient vivants et ils le devaient au courage d'un inconnu, dont elle n'avait qu'entraperçu la silhouette, dans la nuit, où il leur avait ouvert la porte du cagibi qui leur servait de geôle. Elle aurait voulu le retrouver pour le remercier, mais tout d'abord, il fallait accomplir sa vengeance , qui allait se concentrer sur le chef des salopards, et sur le chien qui l'avait violée, guidé par son maître!
Elle quitta le phare avec Johan en profitant de la venue de la vedette de ravitaillement après avoir chaleureusement remercié ses amis les gardiens.