Au large de l'éxtrême pointe de la Bretagne, le beau et le bien se mêlaient,ici, à l'horreur et au mal, de par la clémence du ciel ou la cruauté des lames assassines!-"Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain! Cueillez, dès aujourd'hui les roses de la vie!" écrivait, un jour, l'une des étoiles de la Pleiade, en oubliant que les roses ont des épines!
Lorsqu'elle fut lasse de scruter la nuit, si profonde, maintenant, qu'elle semblait soeur jumelle du néant, elle se laissa glisser vers l'étage au dessous. Sans la moindre gêne, elle se mit nue sous le rejard de Johan et s'allongea sur ce radeau flottant au milieu de l'océan qu'était son grand lit de sirène et de sorcière. Il émanait de son corps tous les parfums, à la fois subtils et puissants qui montent de la béance d'une femme émue et transforment le mâle présent en flèche tendue vers la création d'une nouvelle vie à venir!
Là, tout était possible, et tout le fut! pour le plus grand bonheur de cette femme guerrière, accoutumée à vaincre lorqu'elle livrait combat! Mais ce ne fut pas combat, ce fut partage, échanges, domination réciproque jusqu'à l'hallucination. jusqu'à la chevauchée des collines du désir, puis la montée en chandelle, jusqu'au plaisir partagé, multiple, inondant, suffoquant même par instants! Et qui laisse les corps haletants, échevelés, ruisselants, regards révulsés, voilés de noir, étoilés de sang et d'or et partis vers un autre univers!
Que voulez-vous de plus? Que voulez vous de moi? Par instant, dans la tête de Johan, clignotait la petite lumière, montée vers lui, du vasistas cerné d'ardoises du toît breton, pilote muet de sa destinée! Au sortir de cette cavalcade,l'aube blanchisait une mer qui, placide au coucher du soleil,était écumante dans l'aube blafarde qui se levait.
Pas question, dans l'immédiat, de vedette venant les rechercher pour les déposer à terre. Ils étaient prisonniers l'un de l'autre, face à face! Avec deux témoins, un peu goguenards, qui attendaient de voir comment allait tourner cette confrontation en vase clos. Toujours vécue, jusqu'alors, entre deux hommes, gardiens mâles, et rarement portés sur les échanges sexuels entre hommes!
Le silence de la veille avait fait place au boucan d'enfer du fracas de la tempête. Sur la terrasse supérieure, il fallait beaucoup de prudence et de muscles pour résister au vent et aussi, aux gifles magistrales de l'écume mousseuse et des embruns chargés de varech. A ce régime, on était vite saoulé par le cocktail explosif qui claquait les tympans et bloquait le souffle. En revenant dans la chambre, Johan était ivre et presque évanoui. Le lit le reçut juste à temps avant qu'il ne perde consvience dans le sommeil profond qui noie toujours les néophytes de la bourrasque marine. Annick le regarda,un instant, avec tendresse et vint se lover contre lui, le nez plongé à la base de son cou pour respirer son odeur d'homme, mâtinée d'iode et de sel.
Trois jours durant, la tempête les tint en haleine. Cloués dans une solitude drapée de vent et d'embruns. Solitude coutumière chez les gardiens de phares. A marée haute, les vagues cognaient la tour de granit avec un acharnement de bélier, donnant ds coups de boutoir qui se voulaient meurtriers!