
En conduisant sa voiture pour rentrer chez elle en compagnie de Râni, Clémentine se sentait déboussolée par la fuite de Mickaël, par la cour assidue d'Emmanuel et par l'attention trop tendre que lui portait la jeune femme. Avant d'arriver chez elle, Clémentine arrêta sa voiture près d'un traiteur pour y acheter de quoi faire un dîner un peu raffiné avec une bouteille de bon vin pour l'accompagner. Dès le début du repas, elle suggéra à son amie de goûter au vin dont elle n'avait jamais bu une goutte de sa vie. C'était un excellent Bourgogne qui s'alliait fort bien avec un succulent pâté en croûte, mais Râni eut rapidement la sensation de flotter sur un nuage, à cause des vapeurs du vin qui lui montait à le tête. Elle n'était pas vraiment malade, mais se sentait délivrée de toutes contingences et soudain les larmes jaillirent, roulant silencieusement sur ses joues bronzées. Alarmée, Clémentine voulut chercher à comprendre la raison de ces larmes et alors Râni s'effondra en sanglots dans ses bras.
Dans son ivresse, elle ne put retenir les raisons de son chagrin et avoua: -"Je pleure parce que je n'en peux plus de me retenir de vous dire que je vous aime et que je rêve d'être aimée par vous pour vivre avec vous et couvrir votre corps de baisers et de caresses, vous êtes si belle! C'est une torture pour moi de vous sentir si lointaine, alors que je vous aimerais tant, blottie contre moi et passionément amoureuse, vous aussi !"
Clémentine ne savait comment endiguer ces confidences en songeant avec amertume que le chagrin de Râni était bien proche du sien et pour des raisons presque identiques! Pourtant, complètement sidérée par une telle déclaration, elle ne savait comment réagir, car prendre Râni dans ses bras pour tenter de la consoler risquait d'augmenter le déluge, mais ne pas se manifester passerait pour de la froideur ou de l'indifférence, ce qui d'une autre manière augmenterait son désarroi et son chagrin ;Pourtant elle se décida à parler:
-"Ecoutes Râni, à New-delhi tu m'avais parlé de ton club de femmes et tu voulais m'y emmener.Je t'avais dit que ce genre d'endroit ne correspondait pas du tout à mes goûts. Alors je pensais que tu avais compris, et ta déclaration de ce soir me gène parce que rien n'a changé depuis lors. Tu as compris dans quel état je me trouve à la suite de la fuite de Mickaël, mais n'en profites pas pour tenter de me faire fléchir ou alors nous devrons nous séparer !"