Réveillée, dans l'aube blafarde, par des bruits provenant de la cuisine, Râni trouva Clémentine presque nue dans sa nuisette transparente, à demi effonfrée sur la table, un bol de tisane à la main, et paraissant écouter les nouvelles, venant d'une petite radio portable qu'elle regardait fixement, comme une somnambule. Râni s'approcha de Clémentine,un semblant de sourire aux lèvres et se pencha pour l'embrasser. Enveloppée, soudain des effluves montant de ce corps de femme presque nue et qu'elle désirait tant, sans pouvoir le manifester !
Soudain Clémentine se mit à parler d'une voix sourde et presque rageuse: -"Jamais je n'aurais cru çà possible, venant de lui ! Nous étions pourtant heureux, tous les deux, il me l'avait dit tant de fois ! Et il a fallu qu'il tombe sur cette salope qui a eu le culot de lui dire que sa voix la rendait folle de désir ! Il y a cru ! Et voilà le travail ! Tout ce que nous avons vécu, partagé, aimé, c'est balayé d'un revers de main ! Er ben merde, alors, si c'est çà l'amour, je me fais nonne ou pute !"
Râni l'écoutait, sans rien dire, le coeur aussi broyé que celui de son amie ! En réalité, si Clémentine réagissait avec cette brusquerie, c'était pour avoir l'air de garder le conrôle de la situation, vis à vis de Râni, alors qu'au fond d'elle même elle était effondrée !
Mais la vie est ainsi faite qu'il allait falloir qu'elle continuer à vivre et à travailler comme si de rien n'était vis à vis de ses collègues et de ses clients. Relevant la tête au desus de son bol elle demanda à Râni de l'accompagner à son premier rendez-vous de la journée qui retarderait d'autant sa reprise de contact avec son bureau.
Pour Râni cette demande confinait au supplice, car voyant l'état de détresse de Clémentine, elle aurait voulu pouvoir la prendre dans ses bras, et la couvrir de baisers et de caresses en lui avouant les sentiments qui étaient les siens. Mais elle avait conscience qu'une telle démarche était vouée à l'échec, sans rien apporter de positif ni à l'une ni à l'autre.
Pourtant, dans la voiture que conduisait Clémentine, sans pouvoir retenir ses larmes, elle était obligée de les essuyer d'un revers de main. Et Râni, alors, ne put s'empêcher de prendre cette main pour y poser ses lèvres avec ferveur en buvant l'eau salée de ses larmes. Elle était sur le point de tout avouer, alors que Clémentine ne prenait ce geste que pour un témoignage d'affection amicale, mais en aucun cas une manifestation d'amour !
Le rendez-vous en clientèle se passa bien et Clémentine décida de retourner chez elle pour y prendre une douche et y déjeuner ce qui retarderait d'autant son retour au bureau.
Une fois sous la douche, Clémentine réalisa qu'elle n'avait pas de peignoir et avait fait appel à Râni pour lui en apporter un. L'Indienne, les jambes tremblantes était entrée dans la salle d'eau avec le linge demandé, et avait vu Clémentine dans le plus simple appareil, ce qui avait provoqué, en elle, un trouble si intense qu'elle dut aller, ensuite, s'enfermer dans les toilettes pour apaiser le feu de son émotion et de son désir déferlant !
Le retour au bureau fut difficile, d'autant plus qu'Emmanuel qui désirait un compte rendu de son rendez-vous du matin l'avait convoquée. Amoureux comme il l'était et donc particulièrement attentif à elle, il remarqua l'état de Clémentine et au moment où elle allait sortir il ne put s'empêcher de dire:-"Reposez vous bien Clémentine. Vous avez l'air vraiment fatiguée, mais dans les jours qui viennent, j'aimerais vous emmener déjeuner pour parler de l'évolution de votre carrière dans notre Société. Surprise, elle ne put qu'acquiescer !
Aussitôt Clémentine sortie, il avait convoqué Râni pour tenter d'en savoir un peu plus sur l'état de sa dulcinée, Mais en vain. Et sur le chemin du retour, Râni avait informé Clémentine de la démarche d'Emmanuel qui avait fait sourire la jeune femme en songeant à la naïveté de certains hommes, pourtant réputés intelligents !