En se retrouvant face à face sur le seuil de la maison, Clémentine et Emmanuel avaient le coeur aussi battant l'un que l'autre, car l'abandon qui avait été le sien dans les bras de Râni, si elle l'avait trouvé avec surprise, très agréable, avait pour raison principale d'essayer de trouver un moyen de s'échapper. Alors là, le problème était résolu et Râni ne chercha nullement à entraver leurs retrouvailles et se défila comme une souris regagnant son trou.
Dans le taxi qui les ramenait vers l'hôtel Emmanuel, après avoir écouté le récit de la capturede Clémentine, raconta son angoisse:-"Vous n'imaginez pas combien j'ai eu peur pour vous, et à quel point je suis heureux de vous revoir si rapidement saine et sauve! Mais je voudrais vous faire une demande personnelle!" Là Clémentine se sentit sur le qui-vive. Et il enchaîna:-"Clémentine accepteriez-vous de m'épouser?"
La question fit l'effet d'un coup de tonnerre dans la tête de la jeune femme, figée sur place par la stupeur.. Emmanuel poursuivit:-"Il y a longtemps que je vous aime, Clémentine, mais je ne pouvais pas vous en parler avant que mon divorce soit prononcé, ce qui est le cas depuis, maintenant trois mois. Vous voyez j'ai même laissé le temps passer pour ne pas avoir l'air d'un ruffian excité! Je sais, je suis plus âgé que vous, mais encore bon, je crois, pour faire un compagnon présentable! Et puis,en plus de l'amour que je vous porte, je vous offre la sécurité et la possibilité de poursuivre vos travaux de recherches en toute sérénité, avec un poste plus important de directrice de recherches et, bien sûr, un salaire approprié !"
Clémentine était médusée, tétanisée sur place, et ne savait comment se sortir de cette situation difficile, sans risquer de blesser Emmanuel, dans ses sentiments pour elle, mais aussi, dans son amou-propre de mâle. En réfléchissant vite, elle trouva plus simple de dire la vérité, en trichant un peu ou plutôt en anticipant sur les délais, plutôt que de s'embarquer dans des explications alambiquées.
-"Ce que vous venez de me proposer, Emmanuel, (elle l'appelait ainsi pour la première fois) me touche beaucoup, mais vous m'avez dit, récemment, que vous ne saviez rien de ma vie privée, ce qui est vrai. Et pourtant j'en ai une, précise et bien établie: Je suis très amoureuse d'un garçon avec lequel je vis depuis presque un an. Si nous ne sommes pas encore mariés, c'est que nous voulions, lui et moi, attendre de disposer de moyens financiers un peu plus larges pour nous "établir" Mais nous avions décidé que, de toutes manières, nous n'attendrions pas plus de six mois, encore, avant de nous épouser. Alors vous voyez, Emmanuel, je dois vous répondre que je ne suis plus une femme libre, mais que je suis infiniment touchée par votre demande, en espérant que, malgré tout, nous resterons en bons termes, aussi bien dans la vie que dans notre travail commun!"
Pendant cette déclaration, Clémentine avait vu le visage d'Emmanuel changer. ses traits s'étaient tirés et on le sentait au bord des larmes, tout en essayant, avec beaucoup de difficulté, de garder bonne contenance. Clémentine elle, ne savait plus très bien quelle contenance adopter, face à cet homme qui, visiblement souffrait à cause d'elle, sans qu'elle y soit pour rien. Et déjà, inconsciemment, s'interrogeait sur le genre de relations qui pourraient exister entre eux, lorsqu'ils se retrouveraient dans le cadre et l'ambiance de leur travail !
Ils arrivaient à l'hôtel et à la réception, avec une courbette, le concierge tendit une enveloppe blanche à Clémentine dont elle devina que le message devait provenir de Mickaël et la montrant à Emmanuel elle lui confia: -"C'est lui!" en décachetant l'enveloppe fébrilement. Elle déplia le mail écrit par Mickaël au moment où il avait appris son enlèvement et sa probable séquestration. Emmanuel, lui s'était retiré à l'écart, les jambes un peu molles et les épaules basses.