Une alternance de réflexions personnelles sur le monde,sur la sexualité vécue et de romans écrits par moi sur différents sujets
Par cette chaleur écrasante, sa chemise lui collait à la peau sous sa tenue de combat, et des perles de sueur coulaient le long de son dos, lui chatouillant l'échine, et descendant jusque dans le bas de ses reins. En file indienne, assez espacés les uns des autres,les hommes de son peloton s'étiraient le long de la piste sinuant, à flanc de montagne, et progressaient lentement dans la poussière, vers le sommet du Djebel ;
Avant de grimper dans cette fournaise, ils avaient marché la veille, depuis le coucher du soleil, puis avaient continué, presque à tâtons, dans le froid glacial d'une nuit sans lune. Pour se mettre en place au sein du dispositif de bouclage, décidé par l'Etat-Major. Commencé à l'aube et se poursuivant à cette heure brûlante de midi, par un ratissage du terrain, fait de creux et de pitons, d'oueds profonds et de versants couverts d'épineux. Sans avoir rencontré ceux qu'ils étaient censés débusquer. Sans dout cachés dans les taillis, sur ces flancs arides couverts de maquis.
Parfois s'envolait, du ravin bordant la piste, une volée de perdix rouges, où détalait un sanglier, débusqué de sa bauge et sortant d'un fourré. Gibier que parfois, en simple patrouille,il aurait fait tirer par un de ses hommes spécialement équipé d'un fusil de chasse. Histoire de renouveler la provision de viande fraîche de son poste.
Edifié par ses hommes, dont certains étaient maçons, charpentiers ou couvreurs, ce poste comportait plusieurs bâtiments, faits de parpaings de terre compressée et couverts de tuiles, récupérées sur des bâtiments en ruines, maisons forestière et anciennes écoles construites, jadis, dans la montagne, et détruites par le feu par les rebelles. Le poste avait été construit à flanc de Djebel, pour contrôler l'entrée de la route allant vers le sud en traversant la montagne. Cerné d'un muret de pierres s'élevant jusqu'à hauteur de poitrine d'homme, et dominé par un mirador servant de tour de guet et occupé nuit et jour, par une sentinelle. Le poste était centré autour du haut mât blanc portant l'étamine tricolore du drapeau de son Pays.
Déjà dix mois qu'il avait quitté la France. Après avoir fait "ses classes" en Allemagne et le peloton d'EOR à Saumur d'où il était sorti Sous-Lieutenant. Pour rejoindre ce coin perdu du Djebel Ouarsenis. Abandonnant, momentanément, famille et études, pour ne pas laisser les seuls agriculteurs et ouvriers, venus faire à vingt ans leur devoir National, alors que les fils de bourgeois se faisainet exempter à tire- larigot de leur temps de service, pour de fausses raisons, inventées par des médecins complices !
D'abord chef de ce poste à l'entrée du Djebel, puis devenu chef de "commando héliporté". Mais aujourdhui, à pied, pour les besoins de la vaste opération décidée par l'Etat-Major.
Il ordonna une halte pour que son peloton puisse se désalérer, il décrocha le bidon métallique qui pendait à sa ceinture. et se brûla les lèvres au contact du goulot. Avant de sentir couler dans sa giorge des lampées d'un liquide chaud fait d'eau teintée de poudre de menthe et d'un désafectant.
Tout en restant très vigilant sur les points névralgiques alentours, d'où pouvaient surgir des attaquants, il sentait les tremblements de la chaleur, presque suffocante, attaigant presque les soixante degrés, montant du sol Africain, à l'odeur si troublante, dans sa poussièreuse féminité ocre. Devenant presque physiquement sensuelle, lorsque tombait la pluie de printems ou d'automne. Il humait, aussi les senteurs venues des touffes de buissons sauvages aux feuilles épaisses, et des petits conifères poussant au bord de la piste.
Dans l'air surchauffé et vibrant, claqua, soudain, une rafalle d'arme automatique. Une autre unité venait de se trouver au contact d'un groupe de rebelles, parmi ceux qu'ils pourchassaient !