Guidée par un instinct lié à ses dons de sorcellerie et à sa volonté, elle savait, en battant la campagne,escortée de son apprenti, dans quelle masure ou dans quelle ferme s'était installé le malheur. Elle s'arrêtait sur le chemin, serrant fort son bâton de coudrier et ajustant, contre son dos sa besace chargée d'onguents, de pommades,et d'autres décoctions. Et désignait à Romain le genre de calamité qu'ils allaient découvrir en entrant dans la maison pour proposer leurs services.
-"Tu vas voir, ici la mère est entrain de mourir d'une fièvre puerpérale!"
Parfois, il se faisaient jeter. Mais quelle mère éplorée refuse de l'aide en voyant son enfant rongé par la fièvre, au bord de l'agonie? Quel paysan, au flanc d'une vache en gésine incapable d'expulser son veau se détournera d'une main secourable et experte?
Pour une vache à délivrer, le travail était rapidement exécuté. Mais pour un enfant malade, il fallait, parfois, plusieurs jours à Armelle et à son aide-soignant pour voir tomber la fièvre ou constater l'effet des tisanes, enveloppements et bains d'herbes. Prodigués, par leurs soins conjugués, au petit corps brûlant et frippé, jusqu'à ce que tombe la fièvre et rosissent à nouveau les joues de l'enfant reprenant vie et criant sa santé revenue.
-"Votre enfant est sauvé, vous pourrez recommencer à dormir et à continuer de l'aimer!"
On les hébergeait, alors, dans un coin de la salle commune. Ils partageaient la soupe familiale, qui n'était, parfois qu'insipide brouet ou aussi, succulente et revigorante potée. Ils dormaient sur une litière de paille, serrés l'un contre l'autre pour se protéger du froid.
Et souvent, pour se conforter, mutuellement, ils s'offraient de discrètes reptations prodiguées, la nuit, en des royaumes intimes et heureux d'être visités. Leurs doigts avertis savaient le chemin à prendre pour atteindre des lieux sensibles à honorer de leurs ondulations.
Parfois, s'il gelait, trop fort, ils étaient invités à partager la couche conjugale. Grand lit de bois, souvent fermé et doté d'une épaisse couette. Ils partageaient alors, les remugles du couple en ferveur, et même , parfois les assauts revigorants en ces périodes de froidure.
Les enfants et les bêtes sauvées provoquaient, le plus souvent la reconnaissance et la générosité des parents et des propriètaires. Parfois, au contraire, l'impécuniosité ou la ladrerie retenaient pièces et billets au fond des poches. Mais alors, il n'était pas rare que le fermier retrouve, le lendemain, son poulailler saccagé par un renard aventureux, ou qu'une génisse se casse une patte en voulant sauter un talus.
Romain s'efforçait de concilier ses sorties en mer et ses pérégrinations campagnardes aux côtés d'Armelle. Manuel se désolait car la pitance était devenue maigre. Romain se voulait, le plus possible auprès de son aimée. A chaque nouvelle intervention, elle lui apprenait discrètement que faire et comment le faire. la joie lui tonnait dans le coeur lorsqu'il voyait un enfant reprendre vie sous l'effet du traitement appliqué. Il admirait le science d'Armelle et l'étendue de ses connaissances.
-"Tu es aussi bonne que belle, et aussi belle que le soleil sur la mer!"
Son amour pour elle allait grandissant et il lui arrivait, parfois, en pleine journée, ne pouvant plus se contenir, d'entrainer sa compagne au profond d'une grange pleine de foin pour lui prouver sa ferveur. La lune au milieu des étoiles!
Elle se laissait faire bien volontiers, ravie d'être honorée avec une telle fougue et un tel instinct du plaisir. Jusqu'au jour où elle se découvrit fécondée et bouleversée de l'être. Jamais elle n'avait imaginé se trouver dans ue telle situation, et devina que c'était là une ruse de Belzébuth pour savoir lequel était le plus fort de son instinct de femme ou celui de sorcière!