Bien qu'attendu, le coup fut rude pour Gwenaëlle qui, pourtant, ne s'emporta pas, mais au contraire, n'aimant pas les demi-mesures conseilla à Myriam d'aller vivre avec Nadia tout en la conservant comme assistante maternelle des enfants! Jamais, Myriam n'aurait espéré une solution aussi conciliante de la part de Gwenaëlle, qui réfreinait son envie de pleurer, mais savait qu'on ne retient pas longtemps quelqu'un qui n'aime plus. Ce soir là, leurs étreintes furent si fortes et leurs élans si partagés que le grand lit n'était plus qu'un champ de bataille tout inondé de leurs liqueurs nacrées aux effluves marines.
Quelques jours plus tard, alors que Myriam était encore en quête d'un studio pour s'y abriter avec Nadia,Gwenaëlle assistait à un cocktail professionnel fort ennuyeux lorsq'une main se posa sur son épaule et des lèvres sur sa joue. En se retournant, après un bref temps d'hésitation, elle reconnut Marjorie! Toujours aussi blonde et presque aussi fraîche et jolie malgré les années écoulées.
L'une et l'autre étaient profondément troublées de se retrouver, ainsi, à l'improviste. Elles se souvenaient, soudain des circonstances dans lesquelles elles s'étaient quittées, encore étudiantes, Du départ de Marjorie pour les Etats Unis et de leur unique et brève étreinte dans la chambre de celle qui allait s'exiler avec sa famille.
Gwenaêlle sentait son regard se brouiller de larmes. Elle avait tellement repensé à cet adieu Et Marjorie n'était pas loin d'une émotion identique.
En parlant, au milieu du brouhaha mondain, elles sentaient combien elles avaient envie de se retrouver, mais Gwenaëlle ne voulait pas faire venir Marjorie chez elle tant que Myriam y vivait. Alors comme elle allait partir en vacances quelques jours plus tard, elle invita son amie à venir, au moins pour un week-end, la rejoindre dans la maison de Normandie dont elle avait hérité depuis peu. Elle avait pensé y passer des vacances amoureuses avec Myriam, mais le destin en décidait autrement.
Alors que la nuit tombait, et qu'il allait commencer à faire frais sur la terrasse, elle entendit claquer une portière de voiture et, au moment où elle allait se lever pour aller voir,la voix de Marjorie se fit entendre derrière elle:
-"Que c'est beau un coucher de soleil!"
Deux secondes plus tard, elles étaient enlacées, très émues et heureuses. Marion et Clotilde, comme des chattes curieuses, déboulèrent sur la terrasse et jusque dans les jambes de Marjorie qu'elles ne connaissaient pas et qui en profita pour cacher son émotion en les embrassant tendrement.
Lorsque le soleil eut plongé, tout entier, derrière la barre bleue de l'horizon; Gwenaëlle entraîna Marjorie pour lui montrer sa chambre et y porter son bagage. La blonde amie se sentit déçue d'avoir droit à une chambre pour elle, s'attendant à plus d'intimité. Mais Gwenaëlle l'avait fait exprès, ne sachant pas dans quel état d'esprit allait se trouver son amie, vis à vis d'elle.
Un fois dans la chambre, qui donnait sur la mer, elles se retrouvèrent face à face, leurs visages éclairés par les dernières lueurs du couchant. Marjorie murmura:
-"Tu te souviens de nos adieux, dans ma chambre?"
Sans attendre la réponse, elle étreignit Gwenaëlle, et, comme vingt ans plus tôt, elle posa ses lèvres sur les siennes en un léger baiser. Pour continuer la scène, celle-ci lui effleura les seins du dos de la main et la laissa glisser brièvement vers le bas. Leurs gestes contenaient toute la tendresse du monde et trahissaient le bonheur éprouvé à se retrouver comme à l'époque de leurs quinze ans.