Au retout d'Emmanuel, les deux jeunes femmes étaient présentes, mais elles firent comme s'il était transparent et ne lui adressèrent pas la parole. Alors, plutôt que d'affronter ce mur de silence, il s'enfuit à nouveau, vers un bar, pour tenter d'apaiser son désarroi et d'éteindre la colère contre lui-même qui bouillonnait en lui.
Il se sentait le plus malheureux des hommes,tout en sachant qu'il en était le seul responsable. Il avait tout pour être heureux, avec le rare privilège de vivre auprès de deux femmes attentives et offertes à ses désirs, en permanence à ses côtés. Et il n'avait rien su faire d'autre que de tout gâcher ! Quelle rage lui avait donc pris de se comporer comme un ruffian, un piétineur de plates-bandes, une brute inconsciente et égoïste ?
Comment imaginer vivre avec deux statues de marbre, hostiles de surcroît ? A sa sortie du bar de nuit, il entra dans le premier hotel venu, pour y passer la nuit. Le lendemain il décida de tenter une seule et dernière fois sa chance. La journée fut interminable et, au grand étonnement de ses collègues qui lui trouvaient les traits tirés, il n'accorda pas à son travail toute l'attention requise.
Il rentra chez lui, le soir, avec un bouquet de roses rouges. A son retour,les deux femmes étaient dans la cuisine et ne se retournèrent même pas pour l'accueillir. Planté sur le seuil, son bouquet à la main, il ne savait comment rompre le mur de silence qu'on lui opposait. Alors en désespoir de cause, il murmura: -"Pardon!"
Après un assez long temps, Gwenaëlle se retourna. Elle était livide en se dirigeant vers lui.Prenant le bouquet, elle se rendit sur le palier et le déposa sur le paillasson, sans un mot, ni un regard. Puis elle retourna à la cuisine pour finir de préparer le repas avec Myriam.
Pour tenter de calmer son profond trouble, il se servit un whisky et s'installa devant la télévision. A l'heure de passer à table, il s'aperçut qu'il n'y avait qu'un seul couvert de dressé. Les deux femmes s'étaient installées à la cuisine pour dîner. Dans son assiette, quelques rondelles de saucisson, à côté, un morceau de pain et une bouteille de vin. Ce n'était même pas la guerre, mais plutôt la défaite en rase campagne !
Il ne toucha pas au casse-croûte, resta devant le petit écran en buvant, et à bout de nerfs et de peine, il gagna sa chambre. Elle était vide. Gwenaëlle s'était, depuis longtemps, repliée dans celle de Myriam, dont la porte était fermée à clé.
Pour lui, la nuit fut blanche. Au petit matin, il avait pris une décision. Rassemblant quelques affaires, il quitta la maison avant que les deux femmes ne se soient manifestées et quelques instants plus tard, il sonnait à la porte de ses parents et leur demandait l'hospitalité.
Surprise et consternée, sa mère lui ouvrit tout de même les bras. Quant à son père, encore en robe de chambre,il se contenta de grommeler une phrase davantage pleine de borborygmes que de mots intelligibles, couronnée par un hausement d'épaules.
La procédure fut entamée, Gwenaëlle conserva la garde des enfants et ils ne se revirent qu'en présence de leurs avocats et du notaire. Leur histoir était terminée.
Entre temps, Gwenaëlle avait été nommée à un poste brillant au sein de l'Etat-Major de sa Société, poste qui lui assurait une confortable aisance, augmentée par la pension alimentaire attribuée à Marion et à Clotilde. Elle pouvait, au moins dans l'immédiat, conserver le grand et luxueux appartement qu'elle occupait avec Emmanuel. Mais avait installé Myriam, sans aucune hésitattion, dans le vaste lit conjugal. Elles y vécurent des heures tendres, violentes passionnées, enchanteresses!