Au petit matin,en se réveillant Marjorie et Margot échangèrent des regards pleins de tendresse.Leurs coeurs et leurs corps, eux, étaient éblouis d'avoir partagé des instants aussi intenses, et de s'être trouvées et comprises aussi complètement et rapidement !
Marjorie n'avait aucune expérience de ce genre de situation, puisque ses amours adolescentes avec Gwenaëlle avaient été totalement platoniques, sauf le jour de leur séparation.Mais elle devinait qu'une telle harmonie spontanée devait être rare. Margot, elle le savait pour avoir toujours été attirée par les partages entre femmes et les avoir vécus, souvent avec intensité, parfois avec déception !
Elle s'était mariée par pure convention, tout en sachant que son penchant datait de son adolescence, mais pensant que, peut-être, le contact intime avec un homme la mettrait sur un chemin plus conforme aux lois de la nature et de la société. Mais l'échec avait été total, et la séparation était survenue assez rapidement, avant qu'elle n'ait conçu un enfant!
Le corps et les gestes d'un homme ne lui étaient que source de répugnance, alors que, souvent elle avait l'occasion de rencontrer des femmes correspondant à ses goûts et,parfois déshabillées: Comme dans les vestiaires sportifs, son lieu de prédilection, les plages ou les piscines. Elle éprouvait toujours un trouble qui la poussait, alors, à faire connaissance et à tenter de conquérir la femme de ses désirs!
Elle aimait, tout particulièrement, celles, assez menues, avec un large visge auréolé de blond, aux lèvres pulpeuses qui donnaient envie de baisers,aux formes harmonieuses et rondes, mais sans excès. Détestant les grosses et lourdes mamelles et les arrière-trains de jument poulinière.
Marjorie était l'exemple même de ce qu'elle aimait, et avait éprouvé une vive attirance depuis l'instant où elle l'avait vue, dans le miroir des toilettes.
En y pensant, tout en buvant son café, elle huma discrètement, sur le bout de ses dogts, les relents odorants de leurs élans nocturnes.Elle sentit, alors, monter au creux de ses reins le même désir que celui qui l'avait taraudée une grande partie de la nuit. Eprouvant une folle envie d'enlacer encore Marjorie, de la couvrir de baisers, là en plein déjeuner,et devant les randonneurs présents en lui criant:-"Je t'aime!"
Malheureusement, son emploi du temps professionnel ne lui laissait pas le loisir de rester avec elle et de l'accompagner au cours de cette journée. Alors elle l'attira dehors et avant d'enfourcher son jet-ski, la main en coupe sous sn menton, elle prit tendrement ses lèvres et lui glissa son adresse et son numéro de potable avant de disparaître dans la lumière déjà scintillante du matin!
Restée seule sur le seuil de la cabane, la neige gelée crissant sous ses semelles, Marjorie se sentait désorientée, après une nuit aussi intense et le coeur un peu chaviré. Pourquoi donc s'obstinait-elle à vivre aux côtés de James, alors qu'elle pouvait vivre de pareilles heures au côté d'une femme? Famille, réputation étaient des mots qui lui avaient semblés importants et que, ce matin, elle trouvait dérisoire.
Elle eut soudain l'envie de tout abandonner, de se rendre à l'adresse de Margot et de passer la nuit prochaine dans ses bras, pour la respirer, la caresser et la couvrir de baisers!
Elle tenta l'aventure, en louant une voiture. A la tombée de la nuit, elle se trouvait sur le seuil de la petite maison de rondins. Le coeur battant, elle sonna; Une grande femme blonde et souriante vint lui ouvrir, à qui elle demanda Margot!
-"Elle est en mission et ne rentrera pas ce soir, mais entrez, soyez la bienvenue!"
Désarçonnée par un tel accueil, Marjorie recula, tourna les talons en balbutiant et s'enfuit dans la nuit tombante, le coeur en chamade!