Lorsque la brume s'évanouit, et que le soleil monte, lentement,vers le zénith. Que les martinets fusent en stridulant vers l'azur. Alors que les mouettes planant haut dans le ciel en l'assourdissant de leurs cris, reviennent en un plongeon dans le vent, raser les falaises de craie éblouissantes. Les terriens, comme les marins se réjouissent et disent que pour les heures à venir, il fera beau !
La mer, sans impatience, va caresser la plage de ses petits rouleaux de maréee basse, alors que les algues, encore luisantes,s'étendront paresseusement sur les brèves ondulations du sable.Pendant que, non loin du bord,
brilleront les éclats d'argent d'un menu fretin en quête de sa part de survie du jour. A moins que ne surviennnent les cormorans et les fous de Bassan pour les déchiqueter d'un bec assassin. Le soleil va chevaucher le ciel, tout le long du jour, avant d'embraser la mer, pour en faire une nappe argentée et miroitante, jusqu'à son plongeon de sang et d'or, juste derrière l'horizon !
Tout là-haut, sur la falaise, dame solitaire, brune et blanche, une maison chaulée de blanc et étayéee de colombages,. Mâts rigides ou fourchus, dressés vers le ciel, sous les tuiles vernissées du toit,. comme chaque jour, elle regarde couler le temps.
En fin de journée, presque nue, sur une chaise longue de la terrasse dominant la mer, un verre de liqueur d'or et tintant de glaçons à la main, Gwenaëlle regarde, aussi, descendre le soir !
Toute la journée, elle a attendu un appel, un signe qui, jusqu'alors n'est pas venu. Pour calmer son impatience, elle se souvient, en boucle, du jour où, pour la première fois, collégienne de quinze ans, en étude, elle a posé la main sur la cuisse de Marjorie, sa voisine de pupitre
!
Tremblante de se voir repoussée, alors qu'elle avait rêvé ce geste tant de fois avant de l'accomplir ! Et l'avait aussi souvent fantasmé au creux de ses nuits solitaires en donnant un prolongement très intime au voyage de ses doigts.
Pendant des mois, en secret, elle avait imaginé que sa voisine répondait, peut-être, aux élans de son coeur, si forts que, parfois, elle en avait mal jusqu'au tréfonds de son désir, qu'elle recueillait alors comme un précieux nectar répandu sur ses lèvres comme un cadeau du dieu plaisir!
Si Marjorie ne venait pas, allait- elle voir s'effondrer tous ses espoirs,se dissoudre ses rêves et s'éloigner celle que, depuis peu, elle croyait avoir apprivoisée?
Alors que, ce jour là, sa main n'avait pas été repoussée. Au contraire, celle de Marjorie s'était posée sur elle avec une petite pression, en forme de tendresse. Le coeur de Gwenaëlle avait fait un bond dans sa poitrine et leurs regards s'étaient croisés, noyés d'éclats d'une douceur, soudain partagée !
Elle avait eu un soleil dans la poitrine. Une houle de tendresse l'avait submerégée et elle avait osé presser de ses doigts la cuisse qu'elle était venue rencontrer, comme l'oiseau qui se pose sur une branche. Al a fois timide et résolu, avec l'intention d'y rester un moment, si rien ne l'en chassait ! Marjorie, au contraire s'était laissée, un peu, apprivoiser par la caresse !
C'était insensé, incroyable, elle ne parvenait pas à le croire !