Il raconta, en phrases un peu hachées par l'émotion,leur séjour à la ganaderia, en expliquant la venue de son ami pour apprendre à connaître les taureaux de combat et la corrida qu'il aimait tant !
L'atmosphère se détendait si bien que les parents invitèrent Nicolas à partager l'odorante paëla. Au cours du dîner, il raconta, un peu, sa vie à Béziers, puis soudain, changeant de ton: Il expliqua la propriété de son père, ce qu'on y cultivait et termina en disant:
-"Depuis que nous nous connaissons, Rodrigo et moi sommes devenus des amis. Or il se trouve que mon père cherche, en ce moment, des hommes pour travailler sur ses terres. J'ai pensé que Rodrigo pourrait venir en France avec moi, pour y être embauché, avec un bon salaire. Bien sûr, il reviendrait vous voir quand il voudrait."
Il faisait presque nuit. Un silence total tomba sur la maison Même les mouches avaient cessé de voler. Peut-être pour aller dormir! Le regard du père s'assombrit, celui de la mère, au contraire, s'éclaira.
-"J'ai besoin de Rodrigo pour travailler avec moi, je suis maintenant trop vieux pour tout faire seul !"
-" Tu as encore ton neveu Fernando avec toi ! Et puis tu ne vas pas garder tes enfants, ici, toute leur vie !":
Le père n'apprécia pas l'intervention de sa femme et se tut; Nicolas intervint en regardant intensément le vieil Espagnol, qui pourtant ne devait pas avoir plus de quarante cinq ans:
-" Réfléchissez bien, car mon père peut offrir à votre fils une vie moins austère et aussi davantage d'argent !"
Le paysan hocha la tête en entendant cet argument! ! Certes ce n'étaient pas les pesetas qui gonflaient sa bourse, mais il était ma^tre chez lui !
-"Qu'en pense-tu Rodrigo?"
-"Je suis prêt à partir avec Nicolas dès ce soir. Pour moi c'est le mieux qu'il puisse m'arriver!"
A ce moment, les regards des deux amis se croisèrent et Nicolas lut dans celui de Rodrigo des lueurs de tendresse, d'amour et de soumission comme il n'en avait jamais rencontré jusqu'alors. Au point qu'il eut la crainte que les parents ne s'en aperçoivent.
Mais ce fut un échange d'une merveilleuse intensité pour l'un comme pour l'autre. Désormais, ils étaient deux pour s'aimer et pour se battre dans la vie.
Alors que, pourtant, Rodrigo n'arrivait pas à comprendre comment il lui était pôssible de vivre un tel conte de fées, avec un garçon tellement différent du fils d e paysan aux mains calleuses qu'il était !
Azraël lui le savait, Raphaël le redoutait!
***
Pour meubler le nouveau silence qui venait de s'installer dans la salle, la mamma remplit, à nouveau les assiettes avec le reste de la paëla. Rodrigo savait ce qu'il voulait, ce qu'il avait envie de crier à la face de ses parents, sans pouvoir le faire parce que leur incompréhension et leur peine seraient trop grande de voir s'éloigner un fils dévoyé qui jusqu'alors avait été respectueux et efficace.