Au fil des jours, chacun avait organisé sa vie: Nicolas en Faculté, Rodrigo derrière la charrue, ou en apprentissage de la conduite d'un tracteur ou encore au coeur des étables. Pour être plus souvent ensemble, l'étudiant avait demandé à son père de pouvoir faire l'éducation du jeune Espagnol, en lui apprenant à lire, à écrire et à calculer. Ce que l'école de son village ne lui avait guère enseigné. Ils passaient, ainsi, presque tous leurs instants de liberté et leurs week-ends ensemble.
A plusieurs reprises, Nicolas retourna à la ganaderia pour toréer, emmenant Rodrigo avec lui pour qu'il puisse voir ses parents.Puis arrivé au terme de son éducation, arriva le jour suprême où il devait affronter son premier taureau au cours d'une"novillada" de province.
Le moment où, les jambes serrées, face au taureau exténué quitirait la langue et baissait la tête, il plongea entre les cornes pour transpercer le corps du jeune fauve au niveau du garrot, fut l'un des plus inyenses desa vie ! Derrière le plaisir d'une course bien menée,il sentit monter monter dans sa gorge, en même temps que le goût du sang, une intense jubilation, qui ressemblait à un orgasme. Tout au long de la course, Rodrigo tétanisé derrière la barrière, s'était rongée les ongles avec fureur et angoisse.
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Un peu de temps s'écoula, alors que grandissait, encore, leurs liens sentimentaux et physiques dans la plus grande prudence.Pourtant, le père de Nicolas commençait à avoir de sérieux doutes sur le type de relations entretenues par les deux garçons, même si Rodrigo ne mettait jamais les pieds dans la maison familiale.
Un après-midi, entrant à l'improviste et sans bruit dans l'une des étables sombres, il entendit l'un des ouvriers interpeller Rodrigo en riant:
-"Eh, la gonzesse,viens me donner un coup de main, avant d'aller te faire chibrer par ton chéri ! "
Hurlant de rage, l'adolescent se rua sur le jeune commis, la fourche en avant et ce fut un miracle s'il ne fut pas embroché par les dents luisantes et acérées.
Sans avoir été vu, le père se retira et regagna le mas, bouillant de colère et de honte !
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Ce fut une soirée mémorable, au cours de laquelle la radio laissa entendre les premiers grondements de l'orage de la révolte en Espagne. Et dans le même temps, le père explosant de rage et d'indignation, exigea que son fils rompe immédiatement ses relations avec "ce petit saligaud de Rodrigo !" Nicolas refusa, en précisant, le regard plongé dans celui de son père, quelle était la nature et la profondeur de ses sentiments pour son ami.
Sa colère montant d'un cran, le père chassa Nicolas de chez lui, en même temps que Rodrigo.... Azraël exultait ! ***
Le fils répudié quitta la maison à la nuit tombante, après avoir embrassé sa mère en larmes, qui avait tenté,en vain, de le retenir. Portant son sac de voyage et muni des ses quelques économies, il prit le chemin de la gare de Béziers, où il avait donné rendez-vous à Rodrigo alors qu'il sortait du bureau du "maître" après avoir été congédié dans les hurlements et les insultes!