Et cette évocation fit renaître en lui, ce trouble délicieux dont il ignorait tout le jour précédent ! Mais son désir s'épanouissait, à nouveau sous la caresse de ses doigts. Incapable de trouver le sommeil , à cause de l'image de Nicolas qui lui remplissait la tête, après un bref combat intérieur, et le nez contre le mur, envoyant tous les curés au diable, il vécut seul, ce qu'il aurait aimé pouvoir offrir à son nouvel ami !........Azraël jubilait, s'engluant les doigts en même temps que lui !
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Nicolas, de son côté, en quittant Rodrigo, son désir apaisé pour un temps, avait cheminé sous le soleil, déjà un peu déclinant, à travers les dunes arides, pour rejoindre la ganaderia. Son esprit, lui aussi, vagabondait, auprès d'un Rodrigo dont la beauté paysanne le fascinait. L'évocation de l'intensité de son regard, de son corps à la fois musclé et maigre, sans doute à cause des privations, de sa virilité adolescente et palpitante au long prépuce fripé le troublait. Tout comme ses lèvres sensuelles, mais crevassées et ses mains déjà calleuses à cause du travail de la terre, qui devaient rendre ses caresses encore plus troublantes ! Il espérait, de toutes ses forces, que Rodrigo allait partager cet émoi qui s'était emparé de lui dès le début de leur rencontre.
Il s'imaginait, allongés côte à côte, peau contre peau, leurs corps luisants, humant les effluves montant de leurs corps, faits de relents de sueur, de sable, de terre et peut-être même de sexe ! Sentant ses mains, encore timides, naviguer en hésitant, sur son corps tout entier tendu vers elles, avant qu'elles ne cernent en la malmenant la peau d'ange de sa hampe tendue vers le ciel, puis vers ses lèvres ! Des pensées qui faisaient renaître une nouvelle tension qui le gênait dans sa marche.
Ensuite, dès qu'il fut seul, la soirée se peupla de fantasmes. Son coeur gognait dans sa poitrine et sa virilité tendue était au bord de l'explosion. Il naissait en lui, une envie de ne plus quitter Rodrigo et de tout partager avec lui.
Réalisant qu'en moins de deux heures, il venait de s'éprendre de ce garçon sauvage, alors que, jusqu à ce jour,une fois passée la curiosité des découvertes enfantines, rien ne l'avait attiré vers les garçons. Dans la nuit chaude, l'image de Rodrigo le remit en transe, le conduisant jusqu'au terme d'un nouveau plaisir! En ce jour de rencontre, au coeur de l'été espagnol, Nicolas avait dix sept ans et Rodrigo devait en avoir quinze. ***
Dès l'aube du lendemain, le jeune espagnol se mit en route. Après avoir dit à ses parents qu'il était invité à la ganaderia et qu'il ne rentrerait peut-être pas avant plusieurs jours. Il se tailla une large tranche de pain dans la miche familiale, deux de jambon cru, et remplit sa gourde de l'eau du puits en passe d'être tari. Quatre heures de marche au milieu de la caillasse de plus en plus brûlante au fil de la montée du soleil, avant d'arriver à la grande ferme taurine, cernée de pâturages aux hergages pelés en cette saison, où somnolaient, dans un tourbillon de mouches, les fauves noirs à la robe luisante souillée de bouse et porteurs de cornes terrifiantes..