Rachel entraina Mauriane sur le chemin du retour. Elles marchaient enlacées après ce qu'elles venaient de partager, et la jeune sorcière commença l'éducation de son élève en cueillant toutes sortes de plantes, sur le bord du sentier, expliquant de quelles herbes il s'agissait et leurs effets médicinaux, suivant la préparation adoptée. La même plante pouvant être bénéfique ou maléfique selon le traitement suvi et l'alliance faite avec d'autres plantes!
Le soleil était, maintenant haut levé et perçait, en taches lumineuses au travers des frondaisons. Au fur et à mesure de leur progression, les oiseaux se taisaient ou s'envolaient, à cause de la présence de Tiburce, toujours en chasse! Les lièvres détalaient, les perdrix et les faisans, à grands coups d'ailes claquantes décollaient du milieu des bruyères pour aller se poser quelques mètres plus loin, malgré le danger évident ! Pour Mauriane, le danger vint d'ailleurs: A la croisée de deux sentiers forestiers!
Surgissant des taillis, sans aucun bruit, deux formes encagoulées se jetèrent sur elle et l'entrainèrent dans les fourrés, sans que Rachel ait eu le temps de faire quoi que ce soit. Quelques secondes plus tard, elle entendit le bruit du galop de chevaux. Mauriane, tout de suite bâillonnée, n'avait pas même eu le temps de pousser un cri. Il ne restait de trace de son passage qu'un mouchoir de tissu blanc, que Rachel ramassa pour le donner à Romain en gage de véracité du récit qu'elle aurait à lui faire!
Cet enlèvement la bouleversait, parce que depuis la mort de Tristan, elle haïssait les gestes violents entre humains. Mais aussi parce qu'elle avait commencé à s'attacher, vraiment,à Mauriane! Dont elle espérait faire bien plus qu'une amie et une compagne en sorcellerie, dans la mesure où son charme et sa présence à ses côtés avaient réveillé, en elle, toutes les pulsions qu' avait fait naître, jadis, sa jeune tante, avant ses amours avec Tristan !
Mais au delà de sa tristesse, elle réalisait, avec un peu de honte, que Mauriane absente, elle avait le champ libre pour attirer Romain tout près d'elle sur sa couche de fougères! Assise sur le bord du sentier,ses pensées bouillonnnaient, alors que Tiburce, la sentant perturbée et tendue, essayait, à grands couops de langue, de la rassurer et de la détendre. Elle se leva, enfin, et reprit sa route vers sa cabane et sa plage battue par les vagues.
Jetée en travers du pommeau de la selle d'un cheval, la tête enfoncée dans un sac en toile de jute, Mauriane fut enlevée au petit galop de sa monture et tenue en équilibre par son ravisseur. Le trajet lui sembla long et pénible, avant d'entendre les sabots du cheval résonner sur du pavé. Toujours en aveugle, elle fut conduite le long de couloirs humides aus odeurs de moisi, jusqu'à une sorte de cellule où on lui rendit la vue. Le cachot était sombre, éclairé seulement par un soupirail haut placé d'où elle ne pouvait rien voir d'autre qu'un mur!
Dans la demi-obscurité, elle distingua un bat-flanc avec une litière de paille, une écuelle et une cruche, posées à même le sol avec un morceau de pain.