Les voilages de mousseline blanche ondulaient sous la brise, devant la fenêtre entrebaillée. Le couvert était dressé dans le séjour, sur une nappe brodée supportant des couverts en argent, de la porcelaine ancienne et des verres en cristal, avec une rose rouge plantée dans un vase uniflore, devant la place destinée à Myriam. Tout celà lui donnait l'impression d'être entré dans le palais des mille et une nuits. Mais avec la sensation de s'être trompée d'adresse et l'envie de s'enfuir d'un cadre trop merveilleux, et qui n'était pas fait pour elle! Sur la table basse, devant le canapé, trônait un seau emperlé de buée, contenant une bouteille de champagne et deux flutes de cristal qui n'attendaient que d'être remplies et bues!
Le contraste était si fort entre ce qu'elle voyait et ce qu'elle avait vécu depuis sa maissance, que Myriam ne savait ni que dire, ni que faire. En ouvrant la bouteille d'une main étonnamment vigoureuse et en faisant sauter le bouchon, Blandine annonça:
-"Si tu aimes le champagne, alors buvons ensemble à ta liberté et à notre amitié, longtemps lointaine mais maintenant toute proche puisque cette maison est la tienne et que je suis folle de joie de t'y accueillir!"
Les deux coupes pleines, Blandine but la sienne d'un seul trait, pour tenter d'effacer la gêne qui l'avait envahie en voyant Myriam entrer dans son petit appartement comme dans le palais de la belle au bois dormant:-"Cul sec!"comme disent les gens d'ailleurs, alors que Myriam qui n'avait jamais bu une goutte d'alcool de sa vie abordait la sienne avec précaution et s'étranglait à la première gorgée!
Un instant plus tard, ne sachant comment réagir face à Myriam plongée dans son rêve, Blandine s'approcha de son amie et, enhardie par le vin, l'enlaça pour l'embrasser sur la joue. Myriam qui avait tant rêvé de cet instant,mais pas dans un tel contexte lui prit la tête entre ses mains et colla ses lèvres sur celles, un peu parcheminées de Blandine en disant:
-"Tu vois, c'est de çà dont j'ai rêvé depuis si longtemps, dans le fond de ma cellule, en me faisant niquer par ma codétenue qui me tringlait comme une cinglée avec son énorme gode! Moi, je t'aimais comme une folle tout en sachant que nous n'avions rien de commun, mais c'était plus fort que moi,j'étais amoureuse et je rêvais de toi!