Le 13 Mai, tout le monde a oublié,tout le monde s'en fout, et dans le fond pour ce qu'il en est resté ce n'est pas plus mal. Mais pour moi çà a été une difficile journée! Le 12 mai 1958, il y a cinquante ans, j'étais au camp militaire de Mourmelon j'y étais venu au terme de la seule permission que j'ai eu pendant tout mon temps en Algérie. J'étais Sous-Lieutenant de réserve et je venais y chercher une trentaine de recrues qui avaient terminé "leurs classes"et que je devais ramener dans mon régiment, le 25ème Dragons pour y vivre la suite de leur "temps" A l'époque il s'agissait de trente mois!Le soir, au dîner, au mess des officiers je m'étais fait charrier par mes condisciples pour n'avoir pas su me "planquer" dans un affectation en "métropole" alors que j'étais volontaire pour être avec les agriculteurs et les ouvriers et les petits commerçants qu'on embarquait à 20 ans pour l'Algérie!
Le soir nous avons donc pris le train pour Marseille port de notre embarquement .Voyage sans histoiresjusqu'à l'aube du 13 Mai où le train s'est arrêté en rase-campagne avant de se retrouver cerné par deux pelotons de gendarmes pistolets mitrailleurs au poing. Comme si nous étions des gangsters!
Renseignements pris le putch des généraux,Salan en tête, avait eu lieu dans la nuit et les ponts étaient coupés entre l'Algérie et la France, Plus d'embarquement ! Toujours escortés par nos gendarmes nous avons été conduits au camp Saint-Charles à Marseille, avec interdiction d'en sortir, pour y attendre que la situation se débloque et que de Gaulle prenne le pouvoir à Paris!
Trois jours d'attente au camp pendant lesquels j'ai eu droit aux même réflexions qu'à Mourmelon, de la part de petits connards merdeux auxquels j'ai dit vertement ce que je pensais d'eux! Et puis le matin du troisième jour embarquement sur le Ville d'Oran, direction Alger!
Traversée sans encombres mais surprise à l'arrivée! Mes nouvelles recrues qui étaient tout sauf rassurés de débarquer dans ce pays sur lequel on leur avait raconté tant de sornettes dignes de les faire trembler ont eu la surprise d'être accueillis dans un port noir de monde car c'était la première liaison rétablie entre la France et l'Algérie.
Les gens hurlaient, riaient ,s'embrassaient, se congratulaient et au bas de l'échelle de coupée chaque soldat était assailli embrassé couvert de cigarettes de bonbons et chacun voulait porter leur paquetage! Une atmosphère de Libération de Paris qui sidérait les conscrits pas au courant des tenants et des aboutissants de cette brève rupture entre la Métropole et l'Algérie!
13 Mai 1958, POURQUOI? Pour voir ensuite dans le courant des quatre années suivantes une armée résoudre complètement le problème militaire en démantelant tout le réseau combattant du FLN alors que malgré le
"Je vous ai compris" adressé lors du discours de Constantine par de Gaulle à tous les Algériens, Pieds Noirs et Arabes il complotait, déjà, par derrière les accords d'Evian qui devaient mener à l'indépendance de l'Algérie en 1962! Qui provoquera la mort ou l'exil de tous les pieds noirs et aussi des harkis restés fidèles à la France et traités en France comme des moins que rien parqués entre autre à Saint-Maurice l'Ardoise. Tout celà pour voir un pays livré à l'anarchie, aux meurtres entre algériens, à un drame économique et à une famine épouvantables malgré les immenses ressources du pays en pétrole et en gaz..Guy Mollet avait envoyé tout le contingent militaire Français en Algérie, en 1955 pour aboutir à des combats inutiles à des tortures détestables(mais comment combattre en uniforme un adversaire en civil et qui vous tire dans le dos?)
Pétain avait commencé sa carrière en héros de Verdun pour finir sa vie en banni à l'ile d'Yeu. De Gaulle avait commencé la sienne en héros de la Libération pour la finir en éxile d'Irlande et en oublié de La Boisserie!
La trahison n'apporte jamais les lauriers de la gloire ni le souvenir des générations futures !