Pour tout bagage, Khadidja n'avait qu'une ceinture spéciale contenant de l'argent et deux cartes de crédit. Bien sûr elle avait payé le caravanier, le marin et de Koseir, elle put gagner la petite ville de Kéna en prenant un bus brinqueballant, surchargé autant que surchauffé !
Arrivée dans la ville, elle put, enfin, se laver et trouver des vêtements propres, mais aussi discrets que les loques qui lui avaient servi de protection anonyme en Arabie. Là encore elle chercha et trouva le propriétaire d'un 4x4 qui accepta, moyennant une petite fortune, de la conduire là où elle voulait aller dans le nord du Sahara.
Le périple était long et dur jusqu'à Tabelbalet puisqu'il fallait traverser l'Egypte d'Est en Ouest, puis toute la Lybie et un morceau du sud Algérien, soit environ trois mille kilomètres de pistes et de désert.
Voilée, il était convenu qu'elle était la soeur de son chauffeur qui, d'ailleurs, s'avéra un homme pondéré, prudent défférent comme s'il avait deviné le rang de la Princesse,sans jamais tenter le moindre geste équivoque, et, de surcroît pilote habile et compagnon de route agréable puisque le frère et la soeur parlaient, à peu près la même langue.
L'arrière du véhicule était rempli de provisions et d'eau. De nuages de poussière en chaos, Khadidja vivait un long cauchemar, accrochée à la portière pour ne pas être éjectée, les reins et le dos meurtris, les ongles cassés et la langue épaissie par la soif !
La principale difficulté du trajet devait être le franchissement de la frontière Algéro-Lybienne que le conducteur jugea prudent de passer de nuit, tous feux éteints, pour éviter les patrouilles armées.Il fallut quinze jours pour faire le parcours et lorsque la silhouette de l'oasis apparut à l'horizon, Khadidja s'écroula en larmes sur son siège.
Déjà, ils atteignaient les premiers palmiers secoués par le vent. Une cigogne, debout sur une patte, les regarda passer, impassiblement. Un chien pelé aboya rageusement pour ne pas rompre la tradition africaine!
Descendant de la voiture devant l'hôtel, ses jambes avaient du mal à la porter. Arrivée à la réception, elle demanda Aurélie. Un petit domestique noir, à demi-nu, mais portant turban et beau comme une sculpture, qui devait en faire rêver plus d'une et plus d'un, la conduisit jusqu'à une porte et frappa.
Lorsqu'elle s'ouvrit, les deux femmes se trouvèrent face à face et il fallut pour Aurélia, toute la conscience des raisons de sa présence dans cet hôtel pour réaliser qu'elle était en face de Khadidja, dont le visage, tellement amigri, était complètement brouillé, à la fois, par la poussière de la route et par les larmes.
De son lit, Cyrielle voyant Aurélia bouche bée, se leva et vint derrière elle. En devinant Khadidja, à travers son masque de boue et de larmes, elle poussa un petit cri et se jet dans les bras de la Princesse, en même temps que son amie!
Un long moment, elles mêlèrent leurs sanglots, leurs caresses et leurs baisers, incapables de parler tellement elles étaient bouleversées !
Puis elles firent couler un bain parfumé, aidant Khadidja, raide de courbatures à s'y plonger. Alors seulemnt, la parole leur revint et ce fut un déluge de mots incompréhensibles, car elle parlaient toutes les trois en même temps !
Rafraîchie, parfumée, rassasiée, Khadidja raconta son périple en détails aux deux amies ébahies. Toutes les trois nue, assises ou allongées sur le lit, elles se contempalaient avec étonnement, car la Princesse avait, maintenant, des formes normales, en dépit d'un visage un peu ravagé par les ép^reuves endurées , mais rayonnant de bonheur !
Elles n'en croyaient ni leurs yeux, ni leurs doigts, ni leurs lèvres, qui se mêlaient, s'effleuraient, s'entrecroisaient, avec toujours plus de tendresse et de douceur. Pour quelques temps, au moins, c'était le paradis retrouvé !