Cà commence par des vagissements en forme de coups de gueule, et c'est normal, parce que l'utérus maternel est le seul endroit, dans toute l'histoire d'une vie, où l'on se sente vraiment bien, à condition que la mère ne boive ni ne fume! Une fois sorti de là, on tête, on crachouille, on bave, on rote, on pisse, jusqu'à la première dent!
Non ce n'est pas triste la vie! Avec l'école et les coups de règles sur les doigts aux ongles rongés, avec la castagne dans la cour de récréation ! Et les premiers émois quand on découvre,garçon ou fille, le voyage de ses doigts dans l'entrecuisse, qui fait tant de bien! Avant de les fourrer dans la tirelire de la petite cousine qui sent la crevette! Et les premiers pas de danse sur le parquet, au bal du samedi soir. Puis le sourire de l'examinateur, flatté du pouvoir qu'il a de coller un quinze ou un zéro. Avant la marche au pas, sous l'uniforme ou le bleu de travail et les gueulantes de l'adjudant ou du contremaître !
Et puis vient l'entrée dans la vie adulte, la sortie du cocon et l'angoisse de se faire une place hors de la coquille. Le face à face avec la grève, le chomage, la rancoeur des assistés contre les nantis,la merde des pourris et celle des grenouillards. Le boulot, quand on l'a trouvé, qu'on aime ou qu'on déteste mais qui nourrit. Et pendant les congés payés, les soirs d'été, assis sur le sable, en savourant une sucette, on regarde le soleil se noyer dans la mer avec de lueurs de feu.
Premières rencontres qui fouaillent le coeur, puis les reins et le sexe! Très vite on baise avant d'aimer, et si on aime on enfante, en oubliant qu'on est bien seulement dans l'utérus maternel. Ils naissent et ils grandissent. C'est l'époque des:" Fais pas ci, fais pas çà" en oubliant qu'on l'a fait avant eux. Et puis, souvent, on divorce, par connerie, par égoïsme, pour aller voir ailleurs si c'est mieux, où presque toujours, on est déçu! Alors on reste seul, souvent avec les enfants à charge, tiraillés d'un week-end à l'autre et pour soi, l'amertume aux coins des lèvres, d'avoir fait n'importe quoi, d'avoir des fins de mois nourries avec des nouilles, et en plus, le regret d'avoir lancé de nouveaux humains dans la bassine de merde du monde!
Et puis viennent les premiers cheveux gris, les premières rides, les premiers lumbagos, en regardant le monde se déchirer, se voler, s'entretuer, le soir à la télé. Lorsque le lumbago devient arthrose, ou la prostate se fait douteuse, et peut-être cancer, on se courbe un peu plus, avec des lambeaux de nostalgie, en voyant revenir les martinets au printemps.
La vue se brouille, le coeur fatigue et les jambes aussi. On tente de lutter pour garder la tête haute jusqu'au bout, ou on abandonne, avec la bonne ou la mauvaise conscience du devoir accompli ou raté. Et tout çà pour finir dans une urne ou dans un cercueil. C'est çà la vie!
N'est-ce-pas ?